Mademoiselle la Virgule et Monsieur du Tréma

mercredi 14 août 2019
par  Bureau de l’Association
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Le tréma ‹ Ö › est un signe diacritique de l’alphabet latin hérité du tréma grec. Il est formé de deux petits points juxtaposés.

Le tréma est parfois le même signe graphique que l’umlaut allemand, bien que sa signification et son origine soient différentes.


Mademoiselle La Virgule

Mademoiselle la Virgule et Monsieur du Tréma, devaient se marier, mais elle apprend

Que son futur, l’infâme !, est épris d’une autre femme !

Elle le fait venir.

Ils sont dans le salon, très nerveuse, elle sonne.

Un serviteur fidèle entre, son nom est Guillemet.

Ayant besoin d’air, montrant au serviteur les fenêtres, elle lui dit

Ouvrez les Guillemets

Et Guillemet les ouvrit.

Alors, calmée un peu par les odeurs champêtres, de nouveau,

montrant, au serviteur, les fenêtres :

Fermez les Guillemets !

Et Guillemet les ferma.

Mademoiselle la Virgule et Monsieur du Tréma restèrent seuls.

J’étais, lui dit-elle, fort aise, mon cher monsieur d’entrer dans votre Parenthèse,

mais puisqu’une autre femme est mieux à votre goût que moi, ne niez pas,

Monsieur, car je sais tout, elle est jeune et jolie ! Elle se nomme Cédille,

danseuse à l’opéra, dans la première quadrille. Restons-en là !

(Tout ça dit d’un Accent Aigu !)

Le pauvre du Tréma, piteux, mais convaincu qu’on se sort toujours d’affaire en étant brave, s’expliqua d’un air digne avec un Accent Grave.

Mademoiselle la Virgule l’interrompit :

Assez Monsieur, Point d’exclamation ! Je ne souffrirai Point d’Interrogation !

Adieu !

Du Tréma, certes, était philosophe, mais vraiment sous le coup d’une telle Apostrophe

Et comprenant le faux de la situation, il renonça soudain à tout Trait d’Union.

Prenant l’air pincé de quelqu’un qui se vexe, il fronça les sourcils en Accent Circonflexe

Et se sentant coupable sur plusieurs Points, il sortit brusquement en serrant les deux poings.

Une femme frappée d’un coup de traître, c’est affreux ! C’est humiliant !

Et vous croyez peut-être que Mademoiselle Virgule en mourut ?

Ah que nenni !

Elle s’éprit d’un autre, un certain Monsieur Point.

Et bientôt eut lieu, sans que ce fut ridicule, le mariage très sélect de Point et Virgule.

Ils eurent des enfants.

Point à la ligne.

Salutations, Point barre et à +.


L’emploi du tréma commence, de manière très flottante et assez rarement, dans les langues occidentales à partir du xiie siècle dans des manuscrits en anglo-normand.

Il se trace comme un double accent aigu (redoublement d’un apex). Il faut attendre l’imprimerie pour que son usage se généralise et commence à se codifier à partir du xvie siècle, époque à laquelle on a copié les usages grecs (cf. Diacritiques de l’alphabet grec).

Il semble que ce soit John Palsgrave qui, le premier, l’ait introduit en français vers 1530, à moins qu’il ne s’agisse de Jacobus Sylvius.

Dès le milieu du xvie siècle, on commence à le rencontrer fréquemment, comme en atteste en 1549 le Dictionnaire Français-Latin de Robert Estienne qui le dénomme pour la première fois.

En français, le tréma peut se placer sur les voyelles ‹ e ›, ‹ i ›, ‹ u › (et ‹ y › dans des noms propres) pour indiquer, normalement, que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément et ne fait pas partie d’un digramme.

Par exemple, maïs se prononce comme ma hisse et non pas comme mais.

Avec la réforme de l’orthographe de 1990, la signification du tréma évolue et indiquerait plutôt que c’est la lettre sous le tréma qui doit être prononcée séparément (ambiguë devient ambigüe). Le tréma apparaît également dans des noms communs d’origine étrangère mais considérés comme introduits en français : Länder (pluriel du mot allemand Land) ou ångström.