Le canal de Mardyck à Saint-Pol-sur-Mer

dimanche 10 mars 2019
par  François DART
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Pour nous faire une idée plus précise de ce que fut ce canal, le mieux est encore de lire ce qu’en dit Jérome-Joseph Le français de Lalande en 1778 (paragraphe 645 de "Des canaux de Navigation") :

"Il y avait autrefois à Dunkerque, un canal fameux qui n’est presque rien à présent ; c’est le grand canal de Mardick ou Mardyk ; il a été ainsi nommé, parce qu’il avait son embouchure à la mer près du village et de l’ancienne fosse de ce nom.

Il y a eu en fait deux "canal de Mardick", qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Le "Vieux" canal de Mardick ou Mardyck, celui qui nous intéresse ici, le creusement de ce canal fut entrepris suite au traité d’Utrecht qui obligea Louis XIV à combler le port de Dunkerque, les dunkerquois contournèrent cet obstacle en creusant ce canal long de 6,6 km (non prévu par ce traité et non déclaré) afin de pouvoir avoir l’accès à la mer.

En effet, il ne dura que bien peu de temps !



On employa 30 000 hommes en 1714 à le creuser, et on l’appela le grand Canal ou Canal Royal ; il avait 1900 toises de longueur depuis le bourg de Petite Sainte ; la hauteur des bermes du canal mesurée jusqu’au fond était de 27 pieds ; sa largeur était dans le fond de 15 toises et au niveau des bermes de 28 toises ; il y avait 20 pieds de profondeur d’eau avec trois grandes écluses.

C’est au bout de ce canal qu’était la grande écluse, dont un passage avait 44 pieds de largeur et le second 26 pieds ; de là le chenal jusqu’ à la laisse de basse mer, avait 1300 toises de longueur sur 40 toises de largeur.

Cette écluse fut achevée en 1715, et en 1716 une frégate de 34 pièces de canons y passa ; mais en vertu du Traité de 1717, conclu sous la Régence, l’écluse fut détruite ; on laissa seulement subsister un passage de 16 pieds pour l’écoulement des eaux du pays ; c’est ainsi qu’est devenu inutile cet ouvrage qui a fait tant d’honneur à M. Le Blanc, alors Intendant de Flandre ; l’évènementqui en 1720 rompit le bâtardeau qui séparait l’ancien port du chenal de Dunkerque, a rendu le canal encore plus inutile ; il est rempli de vase et n’est plus d’aucun service."

Ce texte nous renseigne sur la briéveté de la vie de ce canal, bien qu’il ait certainement servi de port par la suite, car il figure encore sur les cartes dans les années 1920.

Il nous donne une idée des dimensions de l’ouvrage qui devait être assez colossal : une largeur au plafond de près de 30 mètres, et au miroir de plus de 50 mètres, un mouillage d’environ 7 mètres ...

Histoire et Patrimoine des Rivières et Canaux

Ce que le texte ne dit pas c’est que les Alliés envoyèrent le Tsar Pierre Ier de Russie, en visite en France, verifier le démantelement de l’écluse.

Il avait été grésait par l’armée des brouettes, le chantier du canal jean Bart ...

L’armée de la brouette est le terme utilisé par Vauban dans ses rapports parce que les corvées royales n’auraient pas suffi, et que les paysans n’étaient pas dispo toute l’année pour les travaux de fortif de dunkerque.