Dunkerque - La Place d’Armes

lundi 18 février 2019
par  François DART
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Actuellement - Place Charles Valentin -

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter l’histoire de cette place.

Un des nombreux montages que j’ai sur mon ordinateur, qui avec la généalogie est pour moi un autre pôle d’intérêt à savoir : l’ " Histoire Locale ".

Dans ce dossier, sur un CD, j’accumule un grand nombre de données qui recoupent la vie de ma famille et de celle de mon épouse, dans un passé assez proche.

Nul doute que par la suite mon travail va rayonner sur une partie du Nord et du Pas-de-Calais, mais là c’est une autre histoire ...

Il me faut remercier mes amis qui mettent sur FB de merveilleux documents qui me servent à enrichir cette " Géo-Généalogie ".

La page que je vous présente est destinée à prouver qu’avec de petits moyens on peut passer des moments agréables sur le Net, ce que j’ai toujours essayé de démontrer à mon entourage.

FD

Guche Van Ryveld

DUNKERQUE et son histoire

Les rues de Dunkerque

La Place d’Armes

C’est la nuit.

La rue Clémenceau s’emplit de majesté ; devant moi, à droite, la haute façade de l’Hôtel de Ville élevant dans le ciel son beffroi svelte et sévère à la fois, devient formidable dans l’ombre dominatrice ; à gauche le repli sombre et curieux du collège Jean Bart et de la Bourse, derrière moi, frôlant un pignon ou une cheminée, allumant un éclair furtif à une fenêtre de mansarde, les rayons du Phare passent et tournoient.

Tableau plein de douceur et d’un charme prenant quand on est Dunkerquois de cœur et que foulant rêveusement ce sol de la vieille “cruystraete” si rempli d’Histoire on croit voir se lever et passer tour à tour dans l’ombre de la maison commune, le cortège immense des souvenirs d’autrefois, hommes, choses et faits, dont cet endroit, cœur de notre cité, est tout imprégné malgré les changements de son visage transformé par le temps.

C’est ici qu’est le cœur de Dunkerque, ce qu’est de nos jours la belle place Jean Bart.

Alors que celle-ci n’était qu’un marécage, puis un endroit de remparts où l’on soignait les pestiférés, puis enfin une porte de la ville, la porte St Eloi, déjà la place d’Armes concentrait toute la vie de nos pères ; fêtes et réceptions, exécutions criminelles et représentations dramatiques, rassemblements d’hommes d’armes et proclamations officielles, tout se faisait là, près de la Maison Commune, au centre des rues constituant la vieille ville d’autrefois : rue du Collège et du Quai, de l’Eglise, du Moulin (Emmery).

C’est ici le berceau de notre histoire civile comme, à deux pas, St Eloi est le berceau de notre histoire religieuse, et tout près, le bassin de la Marine celui de notre histoire maritime.

De tous les quartiers de Dunkerque c’est notre place d’Armes qui a la plus longue histoire et la plus dramatique.

Elle se confond avec l’histoire même de la cité.

Illustration de G à D : la rue du Collège, la Bourse et la rue de l’Eglise.

Un autre angle de la bourse construite en 1750, depuis la place d’armes vers la place Royale (actuelle place Jean Bart)
par la rue de l’église (actuelle rue Clémenceau).

Notre auteur Jan Des Dune si il pouvait l’hôtel de ville à sa droite et l’ancienne bourse à sa gauche, il devait être situé à peu près cet endroit là.

Puisqu’on est en période de carnaval je vous ressort Reuze Papa sur son char place d’armes devant l’ancienne bourse venant de la rue de l’église, autant dire qu’il y a du monde au balcon le jour de la Mi-Carême
(ne me dite pas que l’amie Carême a du monde au bal con).

Illustration : extrait d’un plan de 1772 reproduit dans “Dunkerque à travers les siècles”, H Durin (CMUA).

Vers 1850 encore, une immense rosace dessinée dans le pavement du sol au milieu de la placette, par des pierres de grès,
rappelait qu’elle fut, de longs siècles, le cœur de Dunkerque.

Cet humble souvenir est hélas lui-même disparu.

Aujourd’hui plus rien ne rappelle quelque chose d’autrefois.

L’Hôtel de Ville est nouveau ; à côté le marché aux Verdures (Groenselmark) n’est qu’une maigre placette autour de laquelle s’alignent quelques maisons du quai des Hollandais ; de l’autre côté, le Collège communal et la Bourse piteuse puis l’Hôtel Duriez ne disant plus rien de la belle chapelle des Jésuites élevait sa façade élégante aux ornements dorés à leurs places ...

Et ce coin de notre ville est devenu calme, étrangement calme, lui qui jadis résonna de toutes les émotions humaines.

Voyez les spectacles d’autrefois sur cette petite place.

Le cadre d’abord ; la rue de l’église est grouillante, c’est l’artère unique de la ville, barrée au loin, de la voute de l’église qui s’arcboute à la tour, elle contient la maison seigneuriale (actuellement maison Antoine) où descendirent Charles Quint, la dame de Vendôme, Louis XIV ; la maison du gouverneur, celle d’un notaire, d’un chirurgien, de deux armuriers, de trois prêtres, d’une dizaine de tailleurs, d’un marchand de brocards etc ... celle d’un ou deux officiers supérieurs de l’armée d’Espagne, d’une dizaine d’officier de la garnison, etc …

Elle est plus étroite qu’aujourd’hui et de hauts pignons de bois sculptés avec balcons espagnols surplombant la plupart des maisons aux portes basses précédées de vastes ouvertures et surmontées d’auvents, à côté desquelles de vastes ouvertures de caves s’avancent largement sur la chaussée.

La placette marché aux verdures n’est pas la place du marché aux volailles ?

Plus près de nous, depuis la rue St Julien (rue Faulconnier) et la rue du Moulin (Emmery) c’est la place d’Armes ; on y remarque les hautes maisons de pierre aux toits énormes où rient deux ou trois rangées de petites mansardes sournoises de M. le Prévot, du Lieutenant du Roi, de quelques capitaines du Régiment Royal des Vaisseaux, du Régiment de la Reine, quelques boutiques, celle d’un confiturier, d’un cordonnier ; le corps de garde des suisses, la haute façade de la chapelle des Jésuites ; en face s’étend l’Hôtel de Ville, en style ogival que l’incendie a trois fois ravagé et que surmontent un portail à grandes sculptures et plusieurs tourelles élégantes où l’on arbore aux fêtes le drapeau de la ville à bandes bleue et blanche ; à côté c’est le marché aux verdures grouillant à certains jours, de la foule des écheteurs et vendeurs des produits de la culture.

Derrière nous s’ouvre la rue du Quai aboutissant à une porte de la ville donnant sur le port ; à l’un des coins est la maison de l’échevin traitre Denys Neyman qui, au jour du danger déserta son poste et s’enfuit.

En punition de sa félonie, chaque soir un employé de la ville vient allumer une grande lanterne à verre rouges suspendues au premier étage (on voyait encore à la fin du XVIIIe siècle les ferrures ayant supporté le sinistre fanal).

A côté est la rue du Collège où s’ouvre le collège des Jésuites et au bout de laquelle le grand Condé devait faire aux remparts une brêche par où il devait pénétrer triomphalement en ville.

Dix sept ruelles (dont il reste quelques unes encore) s’y trouvaient : c’était la rue de plus peuplée de la ville.

La place d’armes depuis la rue du Collège Jean Bart on aperçoit l’hôtel de ville et une partie de l’ancienne bourse.

La place d’armes depuis la rue Emmery.

La même vue, mais pendant la seconde guerre mondiale.

Dans ce cadre animé, vivant, vont et viennent échevins festoyant joyeusement en l’honneur de la première dent d’un nouveau né, chez l’un d’eux, ou de l’entrée en religion d’une de leurs filles, soldats montant ou descendant de garde, élèves des Jésuites, marins allant au port, boutiquiers, officiers, armateurs, marchands.

Et voici que cette foule s’arrête soudain intéressée ; sur la pierre qui forme le centre de la place, des ouvriers installent un bûcher, une potence.

C’est là qu’on va brûler tout à l’heure un sorcier surpris faisant des incantations dans les dunes ; ou peut-être qu’on va pendre par les pieds un duelliste ou un suicidé même déjà mort ;

ou enfin, c’est là que le bourreau de la ville va étrangler un pirate anglais ou hollandais surpris accomplissant quelque acte contraire au jugement d’Oléron, le célèbre code maritime des corsaires.

Une foule nombreuse assiste à ces exécutions, à deux pas, maintenue par quelques soldats ; c’est de là que les cadavres nus des suppliciés attachés à la queue d’un cheval ou derrière une cariole étaient trainés hors de la ville pour être jetés au “Pierkepas” là où s’élève à présent tout près de la rue des Pêcheurs et des glacis de Rosendael, le petit cabaret du Robinson, c’était un gibet seigneurial.

C’est ici encore que sur une petite estrade dont les bois, vite montés ou démontés sont enfermés dans la prison de l’Hôtel de ville, on installe carcan au poteau où sont attachés pendant quelques heures, voire même tout un jour, des condamnés pour délits d’adultère, de vol, de blasphème etc ...

avec une grande pancarte au dessus de leur tête indiquant le motif de leur punition.

Des femmes y figurent souvent car l’occupation espagnole est cause de grands désordres (y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil !).

Mais ce ne sont pas toujours des spectacles tristes ou funèbres ; aux grandes fêtes carillonnées on y dresse aussi les “Hourds” des “compagnons de la Rhétorique et gai savoir”, qui jouent des mystères ou joyeusetés, quelques fois ce sont les élèves des écoles publiques, qui y représentent des drames religieux avec chœurs.

Il y a 200 ans à peine, on y représentait encore, en plein air, le Cid et Polyeucte.

Et puis l’Hôtel de Ville, la maison des franchises communales est là toute proche surmontée de cavaliers armés de trident ; à tout instant il y a de brillantes réceptions et toute la ville en liesse y accourt.

Charles Quint empereur des Espagnols y fait le serment de respecter, lui le souverain dont les Etats couvrent la Terre, les libertés et les franchises de cette cité de neuf mille âmes. Le greffier de ville, du haut du balcon y proclame l’Etat de guerre ou le retour à la paix.

C’est de là que fut lue la sentence d’excommunication lancée contre Henri VIII d’Angleterre ; c’est là qu’ont monté successivement Philippe II, Mazarin, Richelieu, Condé, Turenne, L’envoyé de Cromwell, Louis XIV, Vauban, Pierre le Grand de Russie, Louis XV, Christian de Danemark, puis sous la Terreur, Isoré, Cordange et leurs acolytes.

C’est ici que les hommes des Ghildes , bannières déployées, firent une émeute pour délivrer les bourgeois emprisonnés par le Bailli ; que la foule plus tard en fit une autre pour s’acharner contre le portrait de Calonne, que plus tard encore une autre foule hurlait contre Louis XVI, une autre encore contre Napoléon.

Puis, vers 1830, le calme commençait sur la placette ; la bibliothèque communale s’y installait, la musique de la Garde Nationale y avait son local …

Tous ces souvenirs du passé turbulent commençaient d’y dormir un éternel sommeil ; le cœur de la cité se déplaçait lentement vers la place nouvelle où devait s’élever la formidable figure du grand Corsaire.

Arrivée du président de la troisième république Fallière (sans doute) en 1908.

Sur la porte d’honneur on peut remarquer les deux gardes sur le balcon.

Sans oublier la maquette de l’hôtel de ville qui était visible quand avait encore un musée des beaux-arts.

Sur la porte d’honneur on peut remarquer les deux gardes sur le balcon.

On voit rarement cette place ainsi ...


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