La statue de la Liberté - Extraits de son histoire

dimanche 27 novembre 2016
par  François DART


L’aventure de la statue de la liberté commence le 21 avril 1865, en France, plus exactement à Glatigny, une commune située dans le département de la Moselle à douze kilomètres au nord-est de Metz.

Ce jour-là eut lieu une réunion de républicains, amoureux des Etats-Unis, souhaitant célébrer l’abolition de l’esclavage dans ce pays.


A cette occasion le politicien Édouard de Laboulaye, professeur au Collège de France, fit un discours d’une rare verve qui subjugua l’assistance, discours durant lequel il proposa l’idée de la construction d’une statue gigantesque à offrir aux Américains pour sceller l’amitié entre les deux pays.

Elle avait pour but de magnifier le génie Français.

Dans l’assistance se trouvait le sculpteur alsacien Auguste Bartholdi, ami de Laboulaye, et qui travaillait déjà à une telle statue destinée à orner l’entrée du canal de Suez.

On proposa alors à Bartholdi de changer la destination de sa statue, ce qu’il accepta.

Il faut dire que l’idée de concurrencer l’antique phare d’Alexandrie par une merveille des temps modernes était plutôt tentante.

L’Egypte éclairant le Monde

Ainsi fut lancée l’idée folle de construire une statue gigantesque à offrir aux Etats-Unis pour les 100 ans de leur indépendance.

1871 : Choix du site d’implantation

Dès que la France proposa la construction de cette gigantesque statue il fut décidé qu’elle serait implantée à New-York.

Bartholdi, mandaté par les financiers français, fit plusieurs voyages aux Etats-Unis pour faire des repérages et avait trouvé Bedloe’s Island dès son premier déplacement, en 1871.

Erigée à cet emplacement, la statue de la Liberté pourrait faire face à l’Europe.

Toutefois la décision du site ne lui incombait pas et c’est le congrès américains qui choisit cette île, via son représentant Sherman.

1871-1876 : Le Financement

Le financement de la statue de la Liberté a été difficile à assurer, surtout que ce n’est pas un mais deux financements qu’il fallait faire : un en France, l’autre aux Etats-Unis.

En France, ce sont les dons qui ont lancé ce projet.

Le financement total s’est monté à 1 000 000 de francs de l’époque, une somme très importante bien sûr.

Pour aider à son financement on fit montrer à Paris, pour l’exposition universelle de 1878, la tête de la statue, au champ de Mars.

Le bras à l’exposition de 1876

La tête à l’exposition de 1878

L’image a fait le tour du Monde ... et rapporta une somme suffisamment importante pour poursuivre les travaux. Il faut dire qu’elle était visitable pour 5 centimes, mais il fallait prendre un escalier haut de 43 m pour parvenir à l’intérieur de la tête.

Quant au piédestal, il était à la charge des américains mais coûtait tout aussi cher que la statue elle-même (125 000 dollars pour le prix initial).

Le projet

Restait à définir des points plus pratiques.

A commencer par la statue elle-même, à savoir comment serait elle construite.

Auguste Bartholdi décida qu’elle serait en cuivre, fabriquée sous le mécanisme de "repoussé".

La structure interne serait en dur sous la forme d’un pilier central maçonné rempli de sable. La puissance des flots seraient ainsi sans conséquence pour cette statue, qui avait pour vocation a être installé près de l’Océan. Toutefois cette solution sera abandonnée rapidement pour faire place à une structure en fer forgée, plus souple, qui oscillera avec les vents.

Pendant ce temps les américains monteraient le piédestal selon leur bon vouloir, en respectant toutefois les plans de l’ingénieur chargé de la structure interne, pour que la statue s’assemble parfaitement.

1876-1886 : La construction

La statue proprement dite est une construction 100% française alors que le socle, magistral lui aussi, est 100% américain.

1876-1884 : Construction de la statue

Le schéma général de la statue est assez simple. Elle se compose d’une structure interne en fer forgée recouverte de plaques de cuivre repoussées.

Au total la statue pèse 254 tonnes et se compose de 300 plaques, dont les 64 premières furent données par un industriel, permettant au chantier de débuter.

Ces plaques furent "repoussées" aux ateliers "Gaget, Gauthier et compagnie". (d’où le mot "Gadget", popularisé plus tard par les Américains qui associèrent le nom des ateliers aux petits objets publicitaires à acheter pour financer partiellement le projet).

La technique de construction était assez simple, quoi que longue à mettre en œuvre.

Tout d’abord les ouvriers construisaient une armature en bois, à base de tasseaux, prenant la forme voulue.
Ensuite elle était recouverte de plâtre pour faire un moulage en taille réelle de la pièce à reproduire.
Une fois fait, ce plâtre servait d’image en négatif pour la construction d’un gabarit en bois, solide, lui.
Les plaques de cuivres étaient "repoussées", c’est à dire martelées en force sur les gabarits, à froid, sur des établis spécialement conçus pour ça, jusqu’à ce que la forme de la plaque épouse celle du gabarit.
La pièce terminée passait alors à d’autres ouvriers qui avaient pour charge de polir les plaques, puis de les ajuster pour former un seul et même élément de la statue.

Les éléments étaient assemblés à l’aide d’écrous invisibles de l’extérieur pour le montage initial, à Paris, puis elles étaient rivetées pour le montage définitif, à New-York.

Les photos ci-dessous montrent les ateliers avec les différentes pièces en cours d’assemblage.

Les ateliers Gaget

La main de la statue

Le bras et la torche

Les ateliers Gaget

La structure interne

La structure a été faite dans les ateliers Gustave Eiffel, à Levallois Perret, et dans le XVIIe arrondissement de Paris, là où se montaient les pièces de cuivre.

Celui-ci abandonna l’idée de la maçonnerie et choisit le fer forgé dont il s’était fait une spécialité.

L’ensemble de la structure interne utilisait seulement 120 tonnes de fer forgé, mais la bagatelle de 300 000 rivets !

1882-1885 : L’assemblage à Paris

Chaque morceau de la statue fut stockée dans la cour des ateliers Gaget et Gauthier en attendant d’être assemblé.

Bien sûr, Bartholdi n’attendit pas que toutes les pièces soient terminées pour commencer l’assemblage, il fallait juste que la charpente soit prête, au moins jusqu’à une certaine hauteur, pour commencer le travail.

Statue à la rue de Chazelles, Paris

Ce fut fait à partir de 1882, la statue étant complètement terminée en 1884.

Il faut bien imaginer que sans la tour Eiffel, qui ne sera construite que quelques années plus tard, ni les tours modernes de l’actuel Paris, la statue de la Liberté était le bâtiment le plus haut de la capitale.

La statue reçu aussi la visite de personnalités dont Victor Hugo, dont ce fut la dernière sortie, auquel le sculpteur offrit un morceau de son œuvre.

Une fois la visite terminée il eut ces mots : "La mer, cette grande agitée, constate l’Union des deux grandes terres apaisées. Ce gage de paix, entre l’Amérique et la France, demeure permanent".

En 1885 ce fut le moment du démontage.

Le socle américain était terminé et il fallait songer à livrer la statue.

Une fois ceci fait, les différentes pièces du gigantesque puzzle furent mises en caisse et fermées.

1883-1886 : Construction du socle

Pendant ce temps aux USA le procureur général William Evarts fut nommé pour réaliser le piédestal.

Ces pierres ont été extraites de la carrière Beattie, dans le Connecticut. C’est une pierre d’une belle granularité, qui a été utilisé précédemment pour les piles du pont de Brooklyn. La raison du choix est que cette pierre est particulièrement résistante à l’air marin, ce qui n’est pas le cas de toutes les pierres qui se seraient rapidement effritées.

Techniquement le socle s’enfonce dans des fondations à 16 mètres de profondeur et se compose d’une succession variée de styles architecturaux. La partie haute est un balcon. L’un des intérêts est qu’il contient deux rangées de poutres métalliques qui se greffent sur la structure interne de Gustave Eiffel, permettant à la statue de ne faire qu’un avec son socle. On imagine la précision de la description technique pour pouvoir coordonner les deux structures ...

Structure de la statue

Plan de la structure interne sur son piédestal. C’est un plan tardif puisque la mise en place de la statue sur le socle était l’un des derniers défis à relever pour les ingénieurs qui travaillaient à des milliers de kilomètres de distance.

Construction du piédestal

Gravure de la construction du piédestal, repris du 29e volume du "Harper’s Weekly".

Ce socle a nécessité un grand travail de force et utilisé beaucoup d’ouvriers qui devaient venir régulièrement sur l’île. Un petit village s’était monté à l’Est, comme le représente cette gravure.

Construction du piédestal

Le socle en cours de construction. On distingue les armatures en bois servant à acheminer les pierres au sommet. Les ouvriers et personnalités présentes prennent la pose comme personne ne le fait plus de nos jours.

1886 : Transport à New-York

La statue fut créée partie par partie, d’abord le bras et la torche, puis la tête, enfin le corps.

Entre 1881 et 1884 elle fut assemblée en plein Paris, rue de Chazelles, dans les anciens ateliers "Monduit et Béchet" devenus "Gaget, Gauthier et compagnie".

Lorsque ce fut terminé il y eu une cérémonie pour officialiser le don de la France aux Etats-Unis, le 4 juillet 1884 (jour de l’indépendance des Etats-Unis).

Ce n’est que 8 mois plus tard, en février 1885 qu’on commença à la démonter en 350 pièces qui prirent place dans 210 caisses. Le 30 avril 1886 chaque pièce fut acheminé au port du Havre, en utilisant le train de la gare St Lazare jusqu’à Rouen puis le bateau le long de la Seine jusqu’au port, et on chargea le tout à bord de l’Isère, d’une frégate française dont le commandement était assuré par le comte de Saune.

L’arrivée de la statue à New-York

L’Isère est une frégate, c’est un bâtiment de transport militaire dirigé par 5 officiers et 60 marins, fonctionnant à la fois à la voile et à la vapeur.

Avec sa chaudière de 550 cv, elle pouvait atteindre la vitesse de 8 nœuds par temps calme. A son bord prirent place Frédéric Bartholdi, accompagné de son épouse, et des messieurs Gadget et Gauthier.

L’Isère leva l’ancre le 21 mai 1885 pour son voyage à travers l’Atlantique, avec le soutien du croiseur amiral "Le Flore", le vaisseau de commandement de la division navale Atlantique Nord. Entre les 27 et 29 mai elle rencontra une forte houle et dû rejoindre Horta, aux Açores, pour se mettre à l’abri.

Le 5 juin l’Isère reprit sa route en direction du port de Sundy Hook puis elle s’arrêta à Gravesend près du pont de Varrazano. Elle parvient finalement à New-York le 17 juin 1886, où une grande foule l’acclama.

L’arrivée dans le port fut marquante car de plus en plus de navires s’étaient joints au convoi, à son approche.

Finalement c’est un ensemble de 90 bateaux, toutes tailles confondues, qui entrèrent au port de New-York sous une salve d’artillerie destinée à souhaiter une bonne arrivée à l’Isère.

Le débarquement de la statue se déroula avec beaucoup d’enthousiasme de la part des Américains en présence du Contre-Amiral Lacombe, commandant le "Flore".

Une fois la statue déchargée, l’Isère rejoignit son port d’attache, Brest, le 3 juillet 1885.

1886 : Montage de la statue

Les pièces de la statue sur Liberty Island

Mais ce n’est pas parce qu’elle a été livrée que la statue fut immédiatement montée.

Il fallut attendre le printemps de l’année suivante, 1886, que la dernière pierre du socle soit posée.

Ce n’est qu’à partir de là, le retard américain étant comblé, que les ouvriers s’attaquèrent à son édification, ce qui fut fait en 4 mois.

Les ouvriers eurent pas mal de difficultés à la remonter, car ils ne pouvaient pas utiliser les mêmes techniques qu’à Paris.

En effet, à Paris, ils avaient de la place autour d’eux, ils purent monter un échafaudage gigantesque, qui était surélevé de semaine en semaine au fils de l’érection du monument.

A New-York, c’était impossible, le socle étant trop étroit pour ça. Les ouvriers se transformèrent donc en équilibristes et ils montèrent les pièces de cet immense puzzle une à une, juchée à califourchon sur la structure métallique d’Eiffel, un peu comme ils auront l’habitude de faire plus tard pour les gratte-ciels.

Les dangers étaient nombreux et les accidents fréquents, surtout lorsque la statue commençait à l’élever. Les pièces de cuivre étaient lourdes, elles étaient tractées à la force humaine par des jeux de poulies jusqu’à leur emplacement approximatif, où les ouvriers les ajustaient les unes aux autres.



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